« NE PAS CEDER A LA TENTATION | Page d'accueil | PA(RADISE)NORAMA BAR »

25.04.2008

LETTRE A C.

( que tu ne liras pas, en tous cas pas celle là...).

Je t'ai effectivement laissé un message hier, ta voix souriait sur le répondeur, je t'ai dit vouloir t'écrire, j'ai toujours trouvé ça bien, mieux, d'écrire une vraie lettre pour répondre à un livre.
Un des cadeaux lorsqu'on est édité, que ces lettres.
Comme ça que je les vois, moi.

T'écrire.

Je suis rentrée en fin d'après-midi au moment où le soleil se couvrait, une pile à la main et le tien que j'avais commandé il y a dix jours, après qu'AS m'en ai parlé.
Sur le canapé rouge de toutes les littératures, j'avais une heure devant moi.

J'ai un peu débordé.

Au téléphone qui me rappelait sans cesse que j'allais être en retard ( ma phobie des retards ), je répondais fidèlement Oui, j'arrive dans.

D'un trait finalement.

Ce frère perdu comme je te l'ai dit dans le message.

Toutes ces dernières années, nos entrevues douloureuses, ton éloignement cinglant, ton mépris distancié, tes appréciations rabaissantes sans méchanceté.

Cette veste noire en velours et cette chemise orange, comme je m'en souviens, ce soir là au Prix de Flore où j'étais venue avec William pour qu'l remette son prix à Nicolas Rey, tu m'avais à peine effleurée, je regardais ta veste, je contemplais ce personnage que tu étais devenu et que je ne connaissais pas, sans sentiment, sans passé, sans attache, sans sensibilité.

J'ai confondu, parce que cela me faisait souffrir, mépris et anesthésie.

Ton premier *vrai* bouquin est sorti. Ceux d'avant étaient des paravents. Démonstration (inutile ? voire...) d'intelligence. Signifiance d'appartenance à un milieu ( intello ). Ton premier cri.

Celui qui te racontait, vous, ton drame et toi.

Je me suis demandé à cette époque comment nous avions pu vivre tant d'années comme des frères et taire.

Toi comme moi.

J'ai repassé nos années au crible et fait saillir de toutes les failles ce que nous nous étions dissimulé.

Ton livre d'hier, lui, a pris mes entrailles en otage.

Comme il le fera avec tous ceux qui feront face à leurs propres démons.

Ann m'a appelé avant-hier vers 23h pour m'annoncer qu'Alexis D. est mort. Quelques années après son petit frère. Je n'ai pas laissé cette nouvelle tragédie me prendre. J'ai refusé. J'ai juste pensé au fur et à mesure de tes pages Pas lui, Pas toi.

Et j'ai voulu te remercier.

Camille a raison, on ne peut pas prendre la douleur des autres. Il faut assumer la sienne, et la transformer.

Ton livre bouleversant de raconter nos années côte à côte, et ce sourire en biais à constater que la seule évocation de notre lien est une séance de rosé.

Pourtant.

Pourtant tant d'autres choses. Le solex, lui, je l'avais oublié.

J'avais écrit dans Soleil même le livre Et recevoir, c'est tout un métier.

Je voudrais je te l'ai dit hier, te revoir et te serrer dans mes bras sans bruit.

Je voudrais sentir ton torse contre le mien et conjuguer ta rédemption à mon amour sincère et fraternel, par miracle, tu ne me séduisis jamais.

Tu ne m'as pas rappelé. Pas encore ?

Je t'écrirai cette lettre, une autre, avec un feutre et ma belle écriture volontaire.

Mais c'est à ce silence que je pense.

Celui d'une étreinte à laquelle j'aspire comme on efface le trouble des années perdues.

Celui des gens qui s'aiment et s'expriment avec les ondes et les fluides et les pores.

Je voudrais regarder tes yeux en face, eux que tu m'as si souvent refusés.

J'avais noté ton numéro l'an dernier sur cette péniche où je n'avais qu'à moitié cru au miracle.

Je m'en suis servi pour t'annoncer la mort de Nathalie à noël.

Aujourd'hui je voudrais répondre.

Sentir un instant la gêne.

Te proposer un rendez-vous.

Et t'écrire avant le seul message qui vaille, quelle que soit la tournure.

Le moins simple à dire, quand il est droit dans ses bottes de cent lieues de distance maintenant abolies.

L'amour suprême.

J'attends.

Je t'aime.

c;






Ecrire un commentaire