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28.03.2008

ABRAHAM(S)

« T’avais mis ta robe légère,
Moi l’échelle contre un cerisier,
T’a voulu monter la première,
Et après

Y’a tant de façon, de manière,
De dire les choses sans parler,
Et comme tu savais bien le faire,
Tu l’as fait

Un sourire, une main tendue,
Et par le jeu des transparences,
Ces fruits dans les plis du tissu,
Qui balance

Il ne s’agissait pas de monter bien haut,
Mais les pieds sur les premiers barreaux,
J’ai senti glisser le manteau,
De l’enfance

On a rien gravé dans le marbre,
Mais j’avoue souvent y penser,
Chaque fois que j’entends qu’un arbre,
Est tombé

Un arbre c’est vite fendu,
Le bois quelqu’un a du le vendre,
S’il savait le mal que j’ai eu,
A descendre

D’ailleurs en suis-je descendu,
De tout ces jeux de transparence,
Ces fruits dans les plis des tissus,
Qui balancent

J’ai trouvé d’autres choses à faire,
Et d’autres sourires à croiser,
Mais une aussi belle lumière,
Jamais »

Il y avait eu ce réveil en sursaut vers six heures moins le quart, oui bien sûr l’heure où il rentraient en scène à Miami, bien-sûr mais.

Il y avait eu ce rêve dans les trente secondes précédentes qui avait fait revivre Delphine de si étrange manière, elle était dans une pièce de l’autre côté de la porte, avec quelqu’un, j’allais la revoir, enfin, il y avait du même côté que moi de la porte un ami à elle, cet ami que lui non plus je n’avais pas revu, et nous nous tombions dans les bras l’un de l’autre et au moment où ç’allait être mon tour de rentrer trois filles arrivaient et me spoilaient mon tour, et ce regard complice avec celui qui me serrait contre lui et ma tête dans son cou qui soupirait enfin…

Il y avait eu plus tard cette fille sur son vélo alors que je traversais sous la pluie qui gueulait à son fils de trois ans à l’arrière de son vélo et quand elle m’a vue elle a gueulé « et la bourgeoise avec sa poubelle » alors que je souriais sous la pluie alors je l’ai rattrapée avec ma jolie petite poubelle noire, celle là même signée allemande comme poubelle…, alors je l’ai rattrapée place des Vosges j’ai ouvert grand ma fenêtre côté passager et je lui ai gueulé « tu sais ce qu’elle te dit la bourgeoise dans sa poubelle » et ça a eu l’air de lui plaire alors elle a gueulé « Non qu’est ce qu’elle me dit ? » « Et ben Réfléchis » je lui au gueulé en refermant ma fenêtre en pensant aux majuscules de Boultan.

Il y avait eu cette déclaration signée avant-hier à cause de la date butoir qui aurait du mais pourtant et j’ai signé et daté des chèques plus tard aujourd’hui dans cette banque de Neuilly où j’étais toujours à découvert quand j’habitais au-dessus avec Galud en 87 et ce regard que j’ai eu du premier étage du tabac de la place rue du château qui me rappelait aussi quand il venait chez le traiteur quand j’ai accouché juste à côté et ce serrement qui aurait du percuter avec les dates sur les chèques mais.

Il y avait eu cette discussion autour de ces effluves et de la direction et cette photo qui dépassait par derrière des chemises sur ce bureau de quelqu’un que je ne connaissais pas il y a deux semaines et ce nom prononcé mais j’étais dans l’avenir et les incertitudes et les définitions et cette vision de la femme à défendre.

Il y avait eu cette descente dans le parking et le morceau qui martelait dans ma tête depuis ce matin et la lecture de l’article dans le Figaro et le commentaire d’Abraham hier quelquepart daté du 25 mars qui parlait du chanteur de la chanson et la radio du parking RTL2 qui diffuse toujours de la merde qui s’est mis au moment où je descendais à passer le morceau et ce genre de hasard alors j’ai souri et je suis montée dans ma caisse ( noire )(Soleil même, remember ?), et en sortant à ciel libre j’ai mis le casque blanc pour écouter le morceau dans l’iphone en m’isolant du monde et j’ai ouvert la fenêtre côté conducteur pour ne pas perdre totalement le danger de la ville de vue, et j’ai mis le morceau en repeat et comme depuis trois quatre semaines j’ai retrouvé ce truc des Gipsy Kings et je souriais même si les Gipsy Kings ça me ramène à.

Et puis pour la première fois j’ai vraiment écouté les paroles pour les apprendre par c(h)œur pour pouvoir chanter et je lisais à triple sens, et cette histoire de lumière, de pierre gravée comme du marbre et d’arbre dont il avait été si difficile de descendre et en arrivant vers la porte Maillot mon cœur s’est serré de cette façon que je connais bien où si je ne bloque pas les larmes vont bientôt sortir.

Je ne comprenais pourtant pas, avec tous ces signes.

Il y a eu alors ce souvenir d’un autre rêve de Delphine à peine quelques mois après qu’elle soit morte, un rêve en blanc ( de mort) de lumière incroyable, Delphine était sur un lit blanc murs blancs linge de lit blanc elle habillée en blanc treillis blanc débardeur blanc, elle avait juste des cheveux un peu auburn et une lumière ahurissante un truc tellement solaire et elle riait aux larmes pliée en deux sur ce lit et le mouvement de la lumière dans ses cheveux et la blancheur ( la mort ) et ce réveil il y a quelques années dont je me souviens très bien qui ressemblait à celui de ce matin et le morceau qui juste à ce moment là « mais cette lumière, plus jamais ».

Et j’ai chialé.

J’ai continué toujours sans voir et sans comprendre alors que ce morceau en boucle jusqu’à aujourd’hui c’était toujours lié à une liesse même si en me souvenant que Cabrel depuis « Mais je rêve je lance des mots vers le jours qui s’achève je voulais que tu restes il n’a pas entendu » de mes treize ans en passant par la Carte postale d’un peu plus tard et la tauromachie des années 90 ça a toujours été pour moi un vecteur d’explication de ma théorie sur le pouvoir des chansons populaires, que j’ai rédigé un jour dans le carnaval au Brésil pour le mettre dans « Waow » et que j’ai viré avant la remise des épreuves parce que c’était un sujet à soi tout seul, j’écoutais en chantant par dessus fenêtre ouverte malgré la pluie ( et pour pouvoir fumer) et les paroles et les triple sens que j’y lisais et tous ces signes mais toujours pas les larmes rentrées mais le serré toujours là et les oscillations entre une drôle d’allégresse celle des vendredis et des perspectives et des phrases que je commençais à tant vouloir écrire alors que les embouteillages, et les mots disséqués qui me racontaient tant d’histoires et la lumière et le blanc et le plus jamais.

C’est là.

Dans la rue de Chabrol alors qu’une flic m’a stoppée pour laisser passer des mômes qui auraient pu être les miens, il pleuvait c’était trop tard pour aller les chercher, j’ai remis encore une fois le morceau mais plus fort j’étais arrêtée et même si j’ai pensé que la flic pouvait me pendre la tête parce que le walkman en voiture je devais sourire assez pour qu’elle n’y pense même pas, et j’ai bien ré-écouté le sens que je donnais, moi, à l’arbre fendu et à la lumière et au manteau de l’enfance…

Oui, c’était un vendredi, il était six heures moins le quart, j’avais parlé tard la veille avec tante M. de ce que je ne supportais plus, les triple discours, ceux qui disaient que et celui de l’inéluctable, il était six heures moins le quart quand je me suis réveillée en sursaut et que le téléphone a sonné juste après.

C’était un vendredi il pleuvait et je suis montée comme tous les jours depuis presque trois semaines dans ma petite Mercedes noire ( toujours nickel madame Poubelle) que tu m’avais donné à la naissance des enfants en écoutant le disque que j’écoutais aussi depuis trois semaines pour écrire sur l’impossible et cette fois là il m’avait pris aux tripes de façon encore plus radicale quand je suis passée devant l’institut médico légal je me souviens que j’ai pensé comme toujours depuis deux ans ce jour là ou presque à William et j’ai traversé pour arriver sur ce Boulevard Auriol qui ne me rappelait rien avant ces trois semaines et où je savais déjà que je ne reviendrai plus et la pluie et Sufjan Stevens et mon cœur a cent mille en sachant ce qui m’attendait quand j’arriverais et la date qui s’imprimait sans que je le sente encore.

Oui, il était presque sept heures le vendredi 28 septembre.

Six mois déjà et la pluie et le morceau de ce Francis qui n’est pas celui d’Empcam qui disait :

« A la vitesse ou le temps passe,
Le miracle est que rien n’efface l’essentiel,
Tout s’envole en ombre légère,
Tout sauf ce bout de fièvre et de miel

Tout s’est envolé dans l’espace,
Le sourire, la robe, l’arbre, et l’échelle,
A la vitesse ou le temps passe,
Rien, rien n’efface l’essentiel

J’ai trouvé d’autres choses à faire,
Et d’autres sourires à croiser,
Mais une si belle lumière,
Jamais

Et voila que du sol ou nous sommes,
Nous passons nos vies de mortels,
A chercher ces portes qui donnent,
Vers le ciel »


Commentaires

wo.
va falloir que je relise.

Ecrit par : pam choo | 28.03.2008

Waouh ! moi aussi 'va falloir que je relise... Par contre rien sur la chanson qui parlait de ma bite, à croire que ça n'intéresse que moi.

Sinon rien à voir mais j'aime bien les (mes, tes, nos) fissures : elles laissent passer la lumière.

Des bises

Ecrit par : empcam | 29.03.2008

lu, relu, et encore une fois, je ne m'en lasse pas.

Ecrit par : peekaboo | 29.03.2008

C'est pas truffaut qui habitait rue de chabrol ?

Ecrit par : drink | 30.03.2008

T’as une Mercedes ET un I-phone?
BOURGEOISE!

Ecrit par : xxl | 31.03.2008

C'était pas toi sur le vélo t'es beaucoup trop gros.

Ecrit par : cee | 31.03.2008

;-)

Ecrit par : bidibulle | 31.03.2008

Ah te voilà toi @ ;-).

Ecrit par : cee | 31.03.2008

C'est donc là !

Ecrit par : anakin | 31.03.2008

Ya bit(E) dans le titre c'est donc là
MOUAHAHAHAHAHAHA (patapé)

Ecrit par : pbe | 31.03.2008

Bon Tantine, va falloir faire évoluer le traitement je pense, tu arrêtes immédiatement la plaquette bleue, et les machins qui rendent idiote aussi...

Ecrit par : cee | 31.03.2008

peux pas donner beaucoup plus qu'un sourire ces temps-ci alors je t'en file un gros.

Ecrit par : bidibulle | 31.03.2008

Steuplé Cee parle pas de traitement quand tu sais pas hein?(c'est quoi d'ailleurs la plaquette bleue?)

Ecrit par : pbe | 31.03.2008

ben voilà je suis passée ...

Ecrit par : anna r | 31.03.2008

c'est celle de Kims.

Ecrit par : cee | 31.03.2008

hier y avait cabrel chez denisot et je n'ai fait (forcément) que penser à toi et à ici et aux mots alignés ici, les siens, et comme sa moustache frémissait moi je trouvais, de gentillesse, de allez allez même pas peur, d'humanité, alors que de moustache, point. et ce type écrit tellement enfin bon, faut pas aimer cabrel de nos jours, c'est n'importe quoi d'aimer cabrel. j'adore cabrel, j'aime cabrel et certains de ses textes plantés à jamais. et les grands mots et tout ça; pas de saison, on le sait. un jour j'ai lu une interview de cabrel où il disait qu'il était incroyablement fier de deux phrases "elle a les yeux plus clairs que les murs blancs du fond de l'espagne" et "entre elle et moi, plus y a d'espace et moins je respire". les mots alignés ici, et cabrel qui euh... avait l'air un chouïa gêné d'être là. et je pensais à toi. du coup. forcément.

Ecrit par : sandra (qui aime pierre) | 01.04.2008

C'est vrai que Cécé lui ressemble un peu à Cabrel avec sa moustache.

Ecrit par : Kill Me Sarah | 02.04.2008

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